Zoshia : Moon Talk
(Alone Blue Records), 2006

http://www.dragonjazz.com/nouveau.htm

Sophie Tassignon a une voix singulière à la fois claire et grave mais sa façon de chanter est encore plus étrange comme si elle maîtrisait ses émotions pour mieux se concentrer sur le formalisme de son art. Du coup, son chant dérange et obsède mais il fascine aussi. Les compositions originales, dont elle écrit la musique et parfois les textes (en alternance avec son père), sont tortueuses et n’hésitent pas à mélanger les rythmes et les genres. C’est toutefois sur les musiques lentes (superbe For a World Of Love And Care) qu’elle est la plus convaincante : sa voix se fait apaisante et papillonne dans l’air en d’infinies broderies (on appelle ça du scat). On se rend compte alors que même quand elle s'exprime en russe (Anna avec des paroles de Anna Akhmatova), on peut tomber sous le charme énigmatique de ces litanies blafardes quitte à dériver dans un courant glacé comme un vent d’hiver quand les mots planent longuement sur une note unique au-dessus des accords. L’écrin sur lequel elle pose son chant est concocté par un trio efficace composé de Christian Claessens au piano dans un style fluide et retenu, de Nico Manssens à la batterie et de Steven Van Loy qui joue de la basse électrique, ce qui renforce le ton particulier de la musique et l’éloigne un peu plus des trios de jazz classique avec chanteuse. Autoproduit, Moon Talk a un son correct mais il aurait grandement bénéficié de l'apport avisé d’un producteur professionnel et on imagine sans peine ce que Manfred Eicher (ECM) aurait pu tirer d’une pareille substance. Ce premier album affirme quand même suffisamment d’exigence et d’originalité pour qu’on se laisse entraîner dans son monde à part.